mercredi 9 février 2011

Héroïne en CDI, épisode 7 : Faire le poireau des semaines

En recherche d'emploi, il y a un piège à éviter à tout pris. C'est l'espoir. Ca, c'est vraiment l'attrape-bleusaille... Enfin en tout cas, c'est ce qu'on se dit toujours APRÈS COUP.
Illustration.
Suite à un tuyau qui m'a été généreusement refilé par un employeur potentiel (ah, le RESEAU), je contacte une petite entreprise du coin recherchant quelqu'un comme moi, à ce qu'il paraît. Contact pris, j'envoie la salade habituelle – par email, je suis moderne. Après quelques relances, je rencontre en chair et en os cet homme dynamique et doué. Le courant passe, il m'explique ce qu'il recherche comme profil: c'est-à-dire, tout.


A la fois femme de terrain et de bureau, je suivrai des chantiers dans un quart de la France, dessinerai avec ce qui peut exister de plus compliqué et méconnu en logiciel d'architecture, rédigerai toutes les pièces imaginables, me démerderai seule de suite. Je l'entends même me dire, qu'il ne voudrait pas que mes enfants en pâtissent ?! (y'a pas que moi qui me fais des films) Seule attitude à avoir, je dis bien sûr amen de toute ma foi en la brillante étoile de la réussite. Je suis pleine d'espoir car c'est juste à côté de chez moi, et la paye est bonne. Je le revois une deuxième fois la semaine suivante, cette fois-ci avec son chef de chantier... Je ne vais pas laisser filer le poisson. On fait des ho ho et des ha ha, l'affaire semble dans le sac, il me jauge encore mais j'y CROIS.
Erreur.
Je vous passe les affres de l'attente de la réponse. Un email. Il attend d'être sûr d'avoir assez d'activité. Un mois plus tard je le rappelle, et j'ai comme l'impression de déranger. « Comment, vous n'avez pas eu mon mail, mais vous n'êtes pas retenue... » Le ton condescendant, ça casse.
Illustration.
Une annonce traîne depuis plusieurs semaines et je décide finalement d'y répondre car ce n'est pas exactement mon domaine, mais en y réfléchissant, je saurais faire. (et si je vous dit que c'est une usine de camions de pompiers vous y comprenez plus rien, hein? Eh oui j'sais faire plein de trucs) La RH me rappelle, entretien le lendemain, je me pointe sans stress. Le boulot est intéressant, ils ont du mal à trouver quelqu'un, ils ont plein de commandes, ils proposent 8 mois de CDD. Je me permets de demander un CDI, et ça le fait pas tousser. On va visiter les ateliers, on parle technique, on pose virilement la main sur des gros tuyaux rouges, on est déjà presque collègues. Je chante Anissa dans la voiture en rentrant. Je pense déjà à la tournée que je vais payer. Hum. 3 semaines et plein d'appels infructueux pour quémander mon refus. C'est normal, il a déjà trouvé quelqu'un pour un CDD. Merci de me prévenir. L'horreur, c'est la lente désagrégation de l'espoir et le ressentiment grandissant.
Illustration.
Un lundi matin, je chope une annonce dès sa parution chez l'architecte d'à côté; réponse béton, hop. Dès le lendemain, il y a message sur mon répondeur. Touche. J'y vais, je vole pour le rencontrer. Le lendemain c'est le mieux me dit-il l'air pressé. En fait il annule, le surlendemain ça ira. On se voit la semaine d'après. D'emblée j'annonce la couleur, bon, moi je veux un cdi. Oui en effet je démissionne pour changer de boulot. Il me faut donc un engagement réciproque. Dure notion que celle de réciprocité dans les relations employeur/ employé. Bref. Il est très bavard, me répète que je l'intéresse, m'explique qu'il a trop trop de boulot. J'ai pas à me forcer pour avoir l'air passionnée, ça me fait sincèrement baver
  d'envie. Il voit ça pour le CDI et me rappelle la semaine prochaine, à coup sûr. Yahou! La semaine d'après, évidemment c'est les congés et il est injoignable. Semaine suivante je guette mon répondeur à distance car je suis loin de là. Deux fois par jour je l'interroge. Je finis par rappeler, il me dit qu'il a rencontré une autre personne qui l'intéresse – en cdd évidemment. Je suis dépitée, lui rappelle que même le temps partiel m'irait bien; il avait oublié ce détail, ré-hésite et me demande de re-passer dès mon retour. Je reviens, au saut du TGV. Oh là! On calcule mon salaire, on fait des plans, il voit ça avec son comptable et sûr mercredi au plus tard, il me rappellera. On se quitte solennellement, graves; j'attends son coup de fil, lui dis-je, les yeux dans les yeux, la main dans sa main. J'y re-crois. Je re-attends. Rien. Je le re-lance. Je lui laisse le temps. Je le re-lance. Pas du tout sympa, il finit par me lâcher qu'il a déjà embauché l'autre personne. Comme si c'était abuser que de demander une réponse ! Que de forcer les recuteurs à assumer leurs responsabilités, c'est-à-dire me répondre oui ou merde sans que j'aie à les harceler. Mais je crois qu'ils ont du mal à endosser le rôle du méchant. Ou alors plus vraisemblablement, ils ont autre chose à foutre que de penser aux autres (et là je vais vous dire, y'a pas qu'eux). Ils auraient tous préféré que je lâche l'affaire par moi-même, mais non, car je VOULAIS ces boulots. Alors les mettre mal à l'aise, c'est ma toute petite revanche pour tant de mépris.
Braver les répondeurs, envoyer des mails ni trop cool ni trop pressants, attendre. Se demander si c'est trop tôt, attendre encore un peu pour êtr sûr puis ré-appeller, laisser un message au secrétariat. Puis attendre quelques jours, ré-appeller, un peu beaucoup remonté. Faire la crêpe car ON NE SAIT JAMAIS: « Ah oui, je comprends... Bon, tant pis... Vous avez mes coordonnées si vous avez besoin de quelqu'un par la suite... » Prendre l'air dégagé. Ne pas employer de mots grossiers. L'air de rien. Ne pas renifler.
L'air d'aucun trouble intérieur. Respirer fort. L'AIR PRO.

Héroïne en CDI