jeudi 7 avril 2016

La Petite PME familiale des luttes

    Ce texte raconte une histoire que plusieurs personnes ont sûrement vécu. Quelques très légers détails et lieux ont été modifiés, d'autres un peu floutés pour des raisons évidentes d’éviter les emmerdements. Toute ressemblance avec des PME de la radicalité que vous auriez croisées dans la vie-vraie ne sera bien-sûr que le pur fruit de votre imagination débordante. 

J'ai traîné quelques années sur les bancs de la fac. D’abord pour une Licence un peu académique où j'ai touché aux sciences humaines, mais finalement je me redirige vers un IUT carrières sociales avec l'envie de faire "dans l'éducation populaire". Pourquoi je parle de tout ça ? Parce que c'est aussi à la fac que je me suis politisé, syndiqué, où j'ai découvert les organisations qui composent ce qu'on va appeler la "gauche radicale", leurs histoires, leurs réseaux, leurs revues. Je me suis mis à tourner dans pas mal de collectifs, avec lesquels se sont organisés des tas de choses : conférences-débats, projections, "tournées". Très vite, les intellectuels de la gauche radicale (profs, chercheurs, journalistes, éditeurs) me sont parus assez accessibles. On leur sert la pince, on leur dit "tu" quand on va les chercher à la gare pour les guider jusqu'au bar ou la maison des associations. On papote, on se rend compte que machin connaît bien truc, qu'il va peut être faire passer un article sur notre lutte dans le numéro de tel canard. Le réseau. Le "milieu". 

Et puis finalement quelques contacts deviennent réguliers et un beau jour, B. te propose carrément de participer à « leur » (son) Journal. "Si t'es intéressé, hein". Bah grave que je suis intéressé. Trop bien. Je vais devenir Jules Vallès. Ou Jack London. Ou Michael Moore, enfin bref, je vais m’agiter du crayon, du clavier, écrire en luttant. 

Cette revue est foisonnante, pleine de fraîcheur, on a envie qu'elle gagne en lecteurs. Pas mal de journalistes s'intéressent à nous, certains de nos papiers donnent lieu à des coups de fils et finissent cités dans le Diplo ou l'Huma. 
Ça démarre à distance car je ne suis pas dans la ville où est produite la revue. Je fais des petits compte-rendus de lecture de bouquins pour la rubrique « à lire », bricole des brèves internationales à partir de googletraduc', je participe à la relecture par mail. En gros la Revue (et la maison d'édition qui y est liée) est animée par B., et deux salarié-es, ainsi qu'une grosse dizaine de "gentils contributeurs" aux profils divers : profs, thésards à rallonge, illustrateurs, journalistes dans d'autres revues, militant-es, retraité-es. Certain-es ont un boulot fixes, d'autres non. Certain-es sont payé-es pour ce qu'ils font d'autres "rétribué-es", d'autres le font juste avec grand plaisir. 
Notre site web est un peu tristounet mais on va le refaire. Je me propose d'y participer. Pour l'instant je ne suis toujours pas payé mais en même temps je n'ai rien osé demander, et je dois dire qu'à ce moment là je ne pense pas le "mériter", mes contributions étant encore ponctuelles (mes papiers servent à boucher les trous, je ne les envoie pas toujours à temps, et dans ce cas ils passent dans le numéro suivant). En fait à ce moment là cette activité je ne la vois pas encore comme un travail : puisque je ne suis pas payé, ça n'est pas un travail pardi ! C'est plus comme du militantisme étendu. Je prend mon pied en plus. Même si pour l'instant beaucoup de choses passent par la liste mail, je sens que j'appartiens à un truc, ça discute, ça bouillonne. 
Et un jour B. me propose de venir en Normandie à la réunion d'été, sorte de retraite où tous-tes les contributeur-s du Journal se retrouvent. On me paye même le billet de train et on me logera sur place. Trop bien. Une petite semaine géniale où on assiste cette fois tous-tes au bouclage en direct. On boit, on discute. B. nous dis de nous servir "open bar" dans les stocks des quelques bouquins qu'on a édité (ça me paraissait énorme, alors qu'en fait ça leur coûtait rien, de ces bouquins ils en restent encore aujourd'hui des cartons dans le local). Je suis ravi et là on discute avec B. de projets. Comme ça a été dit en réunion, il y a besoin d'un peu de renfort à la production du Journal, y compris en "basse-besogne" (enveloppes, logistique). Et en même temps les caisses sont vides. Or il se trouve que je prospectais les possibilités de me rapprocher de chez eux pour justement m'investir plus (je voyais encore ça comme du pur volontariat). Et au cours de l'été je réussi à "décrocher" (ahahaha) un Service civique de 9 mois dans une assoc dans leur ville. 
En gros cette assoc consiste à fournir des ressources à d'autres assocs (étudiantes surtout), les aider à monter leurs projets etc... C'est un travail plutôt intéressant, ça se rapproche des métiers de l'éducation populaire pour lesquels je me suis formé, ça me fait rencontre pas mal de structures différentes. Et pour un truc "associatif", ça m'occupait un temps raisonnable (presque les 35h). Je me suis trouvé une piaule pas chère et contribue un peu plus au Journal. B. est super content. Je file plus de coup de main à la "basse-besogne", j'ai le temps de faire des articles plus conséquents, j'aide aussi à tout ce qui est organisation (B. va présenter le dernier numéro dans telle ou telle ville donc faut lui dégoter des bons plans ou un hôtel pas cher). Agent postal, agent de voyage, correcteur, traducteur, photographe, réceptionniste, cuisinier, on finit par faire un peu de tout. Je parle de ça à mes potes comme d'un truc "super enrichissant". Je vends aussi à la criée le journal sur les marchés, dans les manifs. Les bénefs c'est pour moi, mais ça m'a jamais payé plus qu'un paquet de clope par mois. Mon service civique se termine mais je trouve un autre taff, un CDD à temps partiel dans une assoc de la ville, chapeautée par l'équipe municipale pour faire du culturel. Ça se passe correctement, même si c'est moins intéressant et prend plus de temps que le service civique. Je donne toujours du temps pour "le journal" et c'est toujours sympa. Je suis deffrayé d'un biffeton par-ci par-là et j'ai toujours le droit de me servir dans les bouquins au local, les caisses de bière qui restent des apéros-débats. Je me sens vraiment intégré à l'équipe, je ne suis plus le "petit nouveau", je donne mon avis et gueule même en comité de rédaction (sur des questions politiques, pas le fonctionnement du journal). Le CDD dans l'assoc de la mairie est reconduit pour un an, à temps plein (donc plutôt 45h effectives). Je continue à bosser pour le journal. Maintenant j'appelle ça bosser parce que c'est moins un plaisir au bout de 3 ans de volontariat. Et à la fin de mon deuxième CDD, je découvre Pôle Emploi. J'ai de la chance, je touche un peu d'allocs, et là B. me propose un "deal" : m'embaucher 2 jours par semaine de façon déclarée. Je cumule donc l'ARE et un salaire à temps partiel. Mais je me retrouve assez vite sollicité à temps plein. L'équipe s'est un peu réduite et on est passé en mensuel. B. allonge donc aussi un jour supplémentaire de rémunération "au black" (et en liquide). Je suis donc payé 2 jours par le journal, 1 jour par des billets magiques, 3 jours par Pôle emploi, pour des semaines de boulots qui tirent parfois vers les 6 jours et demi. Je n'ai donc pas l'impression de frauder (moralement). Le Journal continue de gagner en lecteurs (il t'est peut être déjà tombé entre les mains). J'interviens parfois en son nom à la radio locale. On publie des livres et des vidéos d'entretiens sur internet, augmentons notre présence sur les réseaux sociaux. On gagne maigrement plus de thunes, qui servent à un peu mieux payer/"défrayer" chacun-es, mais une fois réparti, ça fait pas des masses et la situation reste fragile, mais l'enthousiasme est là puisque ça marche. C'est la période des élections, on se sent un devoir de faire "bouger les idées à la gauche de la gauche". On fait plein de tables de presses dans des meetings. On est à la "prise de la Bastille" de Mélenchon (sans soutenir forcément le bonhomme mais pour être témoin). Bon souvenirs. Mais épuisement aussi. Cette période a été, à la fois sur le plan militant et "semi-pro" (frontière toujours merdique à définir) assez rude. Quelques déceptions et des embrouilles qui s'infiltrent aussi. Besoin de souffler. B. me fait miroiter de me recommander à une assoc d'éducation populaire dans laquelle il a des contacts pour retrouver un temps-plein mais il ne faut pas que je les lâche on plus. Je suis toujours fier de ce qu'on fait et tiens bon. Et puis là concrètement, mon travail au Journal, c'était devenu mon gagne-pain. Et B. m'apparaissait chaque jour plus chiant, plus manipulateur, plus décideur. Toujours pour la bonne cause (il avait souvent raison en plus, quand il insistait pour qu'on fasse comme-ci ou comme-ça). J'ai parfois adhéré à son "la fin justifie les moyens". Oui la rédaction du Journal ne déclare pas tout le travail effectué, souvent gratuit alors qu'elle titre en Une contre la fraude fiscale. Mais pour la cause. Oui elle fait trimer le dimanche matin quand elle titre contre le Travail du dimanche (on en faisait une blague en plus). Oui on dénonce la précarité étudiante tout en ne payant pas nos stagiaires. Un jour j'ai dit en rigolant que je devrais peut être me syndiquer, mais pas à la CGT puisque c'était trop des copains de B. Il a rigolé mais d'un air pincé. Ça commençait un peu à dériver donc j'envisageais plus sérieusement mon départ "en toute amitié". Le "bon plan" dans l'assoc amie de B. n'a jamais vu le jour et c'est finalement l'amoûûûr qui m'a fait tourner la page : la rencontre de ma chérie, qui bossait dans le sud où je l'ai rejoint. 
J'ai continué plusieurs mois à filer quelques articles ("envoyé spécial dans le sud") parce que ce Journal, c'était quand même moi, et des amis. J'ai trouvé un boulot dans un truc pas vraiment militant, plus institutionnel, mais toujours étiqueté éduc-pop'. 

Et c'est en faisant ce boulot très social-démocrate que je me suis rendu compte que c'était "normal" de ne pas bosser plus de 37-38h (parce que bon...) quand tu es censé en faire 35. Que c'était bien d'avoir un salaire complètement déclaré qui permettait qu'une partie soit versée en cotisations à la Sécu. Que c'était génial d'avoir ses dimanches à soi. D'avoir accès à des formations. De poser ses vacances quand on le voulait. Et que... ça n'empêchait pas de militer tout en étant un peu "fier" de son boulot. 
Je tire un bilan compliqué de ces années à bosser pour le Journal : du très bon, du moins bon. De l’enthousiasme et de la fatigue. 
Mais au final, je me dis que je me suis bien fait exploité comme un larbin, et que j'ai du mal à le reconnaître parce que j'ai l'impression d'avoir été demandeur. Je pense que c'est le cas de beaucoup de travailleurs-euses dans le social, l'associatif, le militant : ton enthousiasme fait un peu de toi un pigeon, tu n'arrives pas à voir ton patron comme un patron (bah non il est de gauche !), tu n'arrives pas à distinguer "la cause" du turbin. 

 Mais ce qui me fait prendre la plume (le clavier) aujourd’hui, c’est parce que j’ai constaté que non seulement j’ai été exploité, mais qu’en plus mon exploiteur en a vraiment tiré un profit concret. 
Aujourd'hui, il a sorti un gros bouquin qui a son petit succès dans le monde de la gauche-de-la-gauche-de-la... Tournée de dédicaces (il m'a envoyé un petit mail quand il passait dans ma ville), couverture élogieuse de la presse (alter et moins alter), invitations dans des bourses du Travail et des cafés militants pour conspuer le grand Capital. 
Alors oui, il n'est pas devenu riche comme Dassault, mais son succès, sa reconnaissance et ses (petits) euros, il les a grâce à la petite sphère qui s'est montée autours de "son" Journal. Ce réseau que nos petites mains (stagiaires, journalistes, volontaires "défrayés", salarié-es précaires) ont monté dans l'ombre. Nos dimanche matin et nos mardis de 23h, nos séances de mise sous plis, nos plantages d'ordis. Et aujourd'hui tout ça n’apparaît plus. Disparu. Ou plutôt non : ca-pi-ta-li-sé. Car oui, B., tu n'est qu'un capitaliste de la révolte.

jeudi 25 février 2016

La mousseline de carotte

Chaque jour la même envie pèse : ne pas aller au taf. Laisser tomber. Ne plus y foutre les pieds. Du jour au lendemain. Pur plaisir d'intérimaire qui rend la monnaie de sa pièce au planning délivré après 16h30, la veille pour le lendemain. "Rappelle dans 10 minutes" s'entend-on dire parfois. On essaye de nous faire croire que ce n'est pas encore prêt. À croire que c'est une organisation digne d'une conférence internationale. Envoyer toute cette attente bouler. Ne plus avoir à prévenir une semaine à l'avance que tel jour j'ai autre chose à foutre et que je ne serai pas *disponible*. Ne plus avoir à soutenir les demandes de levée de ces "indispo". Oui, parce que parfois on vient nous demander d'en lever une. On a besoin de nous. Non non. J'ai intégré un mensonge: c'est moi qui ai besoin d'un taf. Je suis "besoiné/e" d'avoir un taf. Refuser d'entendre que c'est mon employeur qui a besoin de moi est un plaisir pervers de personne contrainte.

Ce qui me pousse à finalement partir chaque jour, à l'heure, pour m'installer à l'heure, et commencer à l'heure, c'est évidemment le besoin créé par le monde extérieur d'avoir du fric. Et plus encore, en ce qui me concerne, la sécu, le statut donné par le taf. Vivre avec peu de fric, je sais faire. Donne moi une ceinture, j'y perce des trous pour la serrer jusqu'à l'asphyxie. Mais les changements de régime, entre CPAM, CMU, mutuelle etc... Ça... Je ne veux plus. Aller mendier mes droits, justifier chaque minute de ma vie, chaque euro perçu, impossible. Soutenir le regard des autres quand on répond à la fatidique question : "et toi tu fais quoi ?". Je ne peux plus. Avant j'étais artiste, on me demandait ce que je faisais pour gagner ma vie. Aujourd'hui je suis intérimaire, on me demande ce que je fais en dehors. Les gens sont fous et acceptent cette folie, incohérence de l'injonction à travailler pour vivre et du mal vivre conséquent que trop ressentent. Flagellation de celui/celle qui se saoule pour se lever le lendemain, de celui/celle qui gobe des médocs pour s'endormir le soir, de celui/celle qui bosse trop pour ne plus penser qu'il bosse. Tout le monde est coupable sauf ceux qui nous imposent tout ça. La critique des puissants et du système qui les crée et les soutient passe trop souvent pour une vieille lune démodée. "Il en faut". "Ils l'ont mérité". "C'est normal qu'il y en ait qui réussissent mieux que d'autres". Acceptation quasi générale d'un mode de vie qui nous bouffe. Et au bout du bâton quelques paillettes de carotte lyophilisée, une mauvaise purée sèche qui continue malgré tout de nous faire vaguement avancer, par habitude. Ne pas se leurrer, la carotte a bel et bien disparu et le but au final, c'est qu'on avance en suivant une ficelle vide, le souvenir de la carotte suffisant. Souvenir d'une retraite, d'une sécu, d'un droit au chômage, souvenir de salarié/es qui s'achetaient une maison, souvenir de salarié/es qui pouvaient payer des études à leurs mioches et espérer que ce serait plus facile pour eux. Souvenirs communs d'un bien tout aussi commun à reconquérir à défaut d'avoir assez à défendre ?

L.

*avant d'envoyer ce texte j'ai été parcourir le blog, toujours inquiet/e de brasser de l'air et de n'avoir rien à dire de pertinent. Et je suis tombé/e sur un texte oublié, pondu il y a cinq ans, avec les mêmes doutes, la même conscience de la peur collective qui nous anime, nous anesthésie aussi. Le chien qui se mord la queue fait du surplace. Voilà voilà.*

samedi 5 septembre 2015

"Lutte bien ordonnée, commence par soi même"

Quand j’étais petite, j’ai vu mon père sur France 3, parler au micro de la grève que ses collègues et lui menaient depuis plusieurs semaines contre la fermeture de l’usine. Je m’en rappelle, la journaliste était minus et lui immense, elle tenait le micro trop bas et ma sœur et moi, pas peu fières quand même, on se marrait parce qu’il devait plier les genoux. Depuis qu’on est mômes, on regarde nos parents faire grève, rentrer tard à cause des AG, fabriquer des banderoles. On connaît l’histoire.

En 2009, quand j’ai commencé le travail social, après 6 ans de galère, d’intérim, de CDD, j’avais déjà bien la haine. Mais à partir de 2011, j’étais sure que tout ça était derrière moi : je bossais dans une grande association, en faveur des étrangers, j’étais en CDI, il y avait plusieurs syndicats, un CHSCT, nickel.

Et puis, ils ont refait le foyer : un gros projet, plusieurs millions d’euros avec des partenaires importants, l’État, la mairie de Paris, l’asso. Le responsable de l’époque nous a vaguement informées, ma collègue et moi, que nos toilettes allaient provisoirement être indisponibles. Bonnes poires, on a commencé à aller au café du coin, en souriant. Sauf que fallait parcourir le foyer, sortir, traverser la rue et qu’entre temps, il y avait toujours un résident pour nous choper, liasse de documents CAF à la main, et la moindre pause-pipi prenait facile 15 minutes.

Des semaines plus tard, premières infections urinaires à force de se retenir. Première dizaine de mails (soigneusement conservés) rédigés chacune son tour, à nos différents responsables, au N + 1, + 2, + 10, + 15. Premières humiliations aussi : on nous répondait qu’il n’y avait rien à faire, juste attendre la fin des travaux (dans 18 mois), les chefs plaisantaient que « nous les filles », on avait une petite vessie – sans penser que petite ou pas, d’façon, y avait moyen de pisser nulle part.

Alors y a eu la bassine. La bassine violette, celle qui servait pour la vaisselle du petit déjeuner. On l’a mise – je ne sais plus laquelle de nous a eu l’idée – dans le placard attenant au bureau, entre les boites d’archives. Et on s’est mises à baisser nos culottes et à faire pipi là, dans le noir – oui, il y avait pas de lumière non plus, juste le bloc vert de sortie de secours, tant qu’à faire. Après, on prenait notre bassine, on la vidait dans l’évier, on la nettoyait, on la remettait à sa place, on reprenait le boulot, un peu écœurées, toujours humiliées. Mais on le faisait. Les personnes dont on s’occupait, à qui on trouvait des colis alimentaires, qu’on aidait à obtenir une couverture sociale, le renouvellement de leurs papiers, une infirmière ou une place en hôpital psy, ils avaient d’autres problèmes, du genre qu’ils ne pouvaient pas résoudre tous seuls.

On relativisait. On en parlait. On en riait, par dépit. On a vite compris que nos postes étant subventionnés par l’État, qui avait craché le budget de l’année en janvier, on n’avait aucun levier sur l’association. Zéro.

Médiatiser l’affaire (nos conditions de travail et par extension, les conditions de vie des résidents du foyer, soumis au bruit incessant des étages en béton qu’on scie, aux coupures d’eau et d’électricité de plusieurs jours, à la saleté, la poussière) ? Impossible, vu les thunes en jeu, la Mairie aurait surement fait fermer le foyer, dispatché les résidents officiels dans Paris, en laissant au passage, les sans-papiers et ceux qui ne sont pas sur le bail à la rue. On ne pouvait pas, décemment.
Faire grève ? Ils s’en fichent, ils ont déjà encaissé la thune, qu’on soit à nos postes ou pas, ça ne change rien. Sauf pour les résidents. Parce que eux, leurs galères, elles continuaient de tomber, un renouvellement de CMU refusé, un complément de RSA non versé, un minimum vieillesse en retard, plus rien dans le frigo, j’ai faim, t’as pas du pain de ce matin qui reste, mon fils voudrait venir en France pour m’aider parce que je suis vieux, j’y arrive plus, tu peux faire quelque chose, j’entends des voix, il y a un mercenaire derrière la porte, il vient la nuit, je deviens fou, appelle le médecin.

Bien sûr, on a prévenu toute la terre : l’inspection du travail (pas dispo, trop de taff, pas assez d’agents), le CHSCT, qui est venu faire une visite et de gentilles recommandations vaines en CE, les syndicats mais c’était embêtant vu qu’on n’avait pas notre carte et puis exercer en foyer, c’est dur, tout le monde le sait, y a pire que nous dans l’asso, donc bon.

Alors on restait, on pissait dans la bassine, on mettait des boules Quies pour travailler – super pratique dans le social – et on en distribuait aux résidents, on renvoyait des mails, encore, on allait bosser au café quand il n’y avait plus de courant, on baissait la tête dans le couloir pour éviter les fils électriques. Tout ça devenait normal. La routine. Des mois durant.

Finalement, après avoir souffert d’infections rénales, manqué de s’électrocuter et surtout après avoir reçu un beau chiotte de camping – cadeau du boss – à mettre dans le placard d’archives, on a prévenu la médecine du travail. Elle nous a mises en arrêt jusqu’au rétablissement de conditions légales. Ca ne changeait rien pour les résidents : la médecine du locataire immigré, ça n’existe pas. On est restées chacune chez nous, on passait des heures au téléphone, on essayait de bosser à distance, de gérer au moins les urgences. On culpabilisait. On se demandait si on n’en avait pas fait un peu trop, finalement. S’il ne fallait pas mieux revenir. Les mails du boss et des collègues, qui nous expliquaient à quel point les situations de certains résidents étaient critiques, n’aidaient pas.

Un jour, un résident, à qui on expliquait qu’il fallait se battre, se constituer en comité de luttes, faire grève des loyers, aller manifester au siège, nous a demandé ce qu’on faisait, nous, exactement. Et pourquoi on venait encore bosser, 9 heures 18 heures, tous les jours dans cette merde. Pourquoi on ne se mettait pas en grève. Pourquoi on n’agissait pas, puisqu’on était si malines.

Il avait raison. Mais comment faire quand la grève n’est pas un moyen de pression sur la hiérarchie ? Quand les seules victimes de notre lutte ne sont que les personnes qu’on doit justement aider ? Quand les responsables tirent sur la corde sensible de l’empathie ? Comptent sur notre engagement auprès des résidents, notre militantisme, même ? Il avait raison aussi sur autre chose : comment transmettre aux autres le gout de la lutte pour l’accès aux droits sans la mener pour nous-mêmes ? Bonnes questions.



jeudi 27 août 2015

Aliénés jusqu'où

J'ai un gobelet de champagne dans la main droite et debout derrière les autres, j'écoute le discours de départ du directeur avec un sourire crispé. Après les plaisanteries convenues en ces circonstances, il enchaîne sur la nécessité de préserver l'ambiance de ce lieu de travail inédit, ce privilège d'avoir su construire une équipe soudée et une autre personne reprend les mêmes mots, avec quelques larmes d'émotion perceptibles.

Je suis interloquée parce que ce n'est même pas cynique, c'est vraiment ce dont ils sont persuadés, la description est dithyrambique, notre lieu de travail se situe hors des contingences du monde du travail tel qu'il est aujourd'hui, c'est pour cette raison qu'il faut maintenir le dialogue comme nous avons su toujours le faire, c'est réellement prononcé tel quel.
Langue de bois habituelle diront certains, mais je ne pense pas. J'ai entendu des discours comparables dans d'autres emplois où le plus naïf des salariés pouvait déterminer clairement que ça marquait le mépris des élites pour la base, le sous-texte était lisible, vos problèmes ne valent même pas un haussement d'épaules.

Une quinte de toux même pas volontaire me prend la gorge, je la retiens en vidant mon verre d'un trait parce que je sais comment elle serait interprétée, je trouve drôle de voir mon corps s'exprimer à la place de mes nerfs, comme souvent, comme s'il était moins hypocrite que moi.

Je liste mentalement les choses que tout le monde sait ici, par exemple il y a telle personnalité de telle service qui a minée consciencieusement toutes ses collègues successives, saboté leur travail, et qui est toujours en poste.
Personne n'est dupe mais personne ne prononce les mots harcèlement moral, et personne n'avertit la médecine du travail, pressentant déjà la vanité du geste.
De toutes façons avec le turn-over entretenu par les contrats précaires et la possible mobilité d'un service à l'autre, on peut se voiler la face et envoyer quelqu'un d'autre remplacer la précédente en espérant secrètement qu'elle résiste à la « forte personnalité » de la reine des lieux.
Où l'on découvre que l'absence de hiérarchie sur le papier ne protège pas spécialement des rapports de pouvoir internes.

Je liste l'accroissement lent mais constant de nos charges de travail, petites tâches ajoutées mine de rien, mises bout-à-bout, de temps en temps quand même une procédure se simplifie, libère un peu de temps qu'on pourra mettre à profit pour une nouvelle petite chose qui s'avérera pas si petite que ça.

Je liste les petites mesquineries habituelles du monde du travail, la compétence mesurée en chiffres absurdes, l'investissement professionnel ramené à une mise en scène des tâches à accomplir, remuer quitte à brasser de l'air et communiquer, surtout, beaucoup parler de ce temps qu'on n'a pas, simuler une activité intense est plus efficace que des résultats concrets non quantifiables dans les grilles d’évaluation.
Il y a évidemment des gens qui ne font pas grand chose et leur travail déborde sur les autres, ceux qui s'en rendent compte regardent ailleurs. Je sais que c'est fréquent, je ne dis pas le contraire et je ne dis pas que c'est mal, c'est inhérent au monde du travail, stratégies de survie.

Je pense à mon incrédulité face à certains recrutements quand je réalise qu'en fait personne n'a rien vu.

Je pense les mots du travail qui colonisent ma tête et ma pensée même si je m'efforce depuis des années d'avoir un discours critique, malgré moi ça pénètre, d'ailleurs ce texte en est truffé.

Je ne dis rien. J'écris hypocritement dans mon coin, et je ne dis rien.
J'avale les couleuvres des problèmes renvoyés à d'autres autorités inaccessibles, je les crois mes chefs, quand ils disent qu'ils font ce qu'ils peuvent, le maximum.
Je suis aliénée au point de garder de la sympathie pour mes supérieurs qui, sincèrement, ne voient rien.
Dans un processus plus ou moins conscient ils ne veulent pas de cette responsabilité là, se penser du côté de ceux qui organisent notre soumission et moi je n'arrive pas à leur dire parce que j'ai peur, et pas seulement pour ma place.
J'ai peur de décevoir et je minore et je fais mien le discours qui dit qu'il y a pire ailleurs.

Le discours s'achève, je garde mon verre vide à la main, je n'applaudis pas, j'ai hâte de me resservir.

lundi 4 mai 2015

Tâcheron : ouvrier entrepreneur

L'usine, tu voudrais n'avoir jamais y aller. Par contre il te faudra toujours trouver un moyen d'y rentrer.

Entrée à l'usine

Il n'y a pas le choix. Le moyen le plus sûr d'entrer à l'usine c'est de passer par une agence Intérim. Que ce soit pour enchaîner les missions, ou viser une embauche à long terme. Je suis boucher de formation. Quand je me présente en agence Intérim, on me place automatiquement comme désosseur/pareur. Tu dois savoir faire les deux. Désosser, c'est à dire planter le couteau dans les carcasses d'animaux fraîchement abattues pour détacher la viande des os qui la tiennent. Parer, c'est à dire enlever de la viande les couches de gras en trop qui la rendraient invendable.

Se rendre à l'usine n'est jamais simple. Les usines sont loin de la ville. Ça permet aux patrons d'être plus libres pour dégueulasser le coin, et du coup, le rendre moins cher pour y foutre encore plus d'usines. En plus, c'est toi qui paye la différence en transports. C'est dire si ça les arrange ! D'autant qu'en trois-huit, du matin ou de nuit, les transports sont rares. Quand tu n'as pas de voiture, comme beaucoup d'intérimaires, il te faut trouver quelqu'un pour te trimballer, et c'est rarement gratuit.

Passage aux vestiaires

Une fois arrivé à l'usine, dernière clope et passage obligé par les vestiaires pour enfiler la tenue réglementaire. Dans mon cas : blouse intégrale, bottes, charlotte, masque chirurgical, gilet de froid, gants en coton, un gant en cotte de maille, un tablier en cotte de maille sur lequel on noue enfin, un tablier de boucher. Comme tu l'imagines, c'est long à enfiler. Et du coup, ça t'oblige à rester suffisamment longtemps dans les vestiaires pour devoir se confronter aux autres ouvriers.

En tant qu'intérimaire, il vaut mieux se faire discret et se mélanger négligemment aux autres, comme si de rien n'était. Même si on se connaît pour être venus dans la même voiture, il faut éviter de se parler et ne trahir cette omerta ni vis à vis de tes autres collègues intérimaires, ni vis à vis des salariés de l'usine. Si on sait que tu es intérimaire, les salariés peuvent carrément te mener la vie dure.

Il faut comprendre que du point de vue d'un salarié, un intérimaire, c'est la personne qui réduit des postes ouverts en CDI, à de simples contrats temporaires. Un intérimaire, c'est aussi la personne qu'on va mettre, sous le nez du salarié, sur le poste qu'il convoite quand son collègue est absent. L'intérimaire, lui volant ainsi chaque occasion d'enfin faire ses preuves sur le poste convoité. C'est cette dernière situation, qu'en tant qu'intérimaire, tu souhaites fort lâchement, à tout prix éviter. Surtout dans un atelier, où chacun tient son propre couteau à la main.

Un troisième groupe fait bande à part dans les vestiaires. Ils ont parfois leur propre tenue, voir leurs propres outils. Il se différencient donc facilement des autres ouvriers. Ce sont les tâcherons. Ils parlent forts. Quand ce n'est pas de grosses voitures, ce sera de maisons, de vacances ou d'achats qui te semblent, à toi, totalement inaccessibles. Les intérimaires et les salariés ne les aiment en général pas beaucoup. Au départ, j'ai cru à de la jalousie mal placée. Mais une fois dans l'atelier, tu comprends vite pourquoi.

Sur la chaîne


L'atelier ressemble à un assemblage de tapis roulants et de tables de découpe en polyéthylène blanc, entamé par les coups de couteaux. En début de travail, c'est propre, tout est blanc et froid. On ne sent que les relents de cigarettes qui se mélangent aux émanations de produits de nettoyage chlorés. Tout est encore silencieux, jusqu'à ce que la chaîne se mette en marche bruyamment et que la viande déboule sur les tapis roulants.
Comme tout est organisé par lignes de production, la mise en marche s'effectue dans un ordre bien précis.

Désosser est la tâche qui s'effectue en premier sur la chaîne de transformation des carcasses qui sortent tout juste des frigos. Des carcasses évidemment raidies par le froid. C'est le plus physique. Il faut tourner et retourner le morceau d'un bras et se concasser le poignet de l'autre. L'autre bras, c'est celui qui tient le couteau. Il doit suivre le contour des os pour en détacher la viande. Selon l'animal et le morceau, on désosse directement sur un tapis roulant, chacun effectuant sa partie du désossage juste avant l'ouvrier suivant. Sinon, pour les plus gros morceaux, le désossage s'effectue individuellement sur de grandes tables de découpe.

Que ce soit sur des tables de découpe ou sur le tapis roulant, il faut tenir une certaine cadence. Sur table individuelle, c'est la hauteur d'empilement des caisses de viande, gras et os que tu as remplies qui servent à évaluer ton rendement. Sur tapis roulant, c'est un petit chef, ou pire, tes collègues, qui te poussent à tenir la cadence. Je t'explique pourquoi.
Prenons en exemple une chaîne de désossage de longes de porc (le rôti qui finit dans ton supermarché). Le chef d'atelier t'alloue un mètre de tapis roulant, cinquante centimètres à ta gauche, cinquante centimètres à ta droite. La vitesse de défilement des longes est incroyable. Le désossage doit se faire suffisamment vite, pour que tu aies fini avant de te retrouver à suivre la longe sur le tapis et empiéter sur l'espace de ton voisin qui te fait suite dans la chaîne. Les gusses apprécient rarement que tu manipules ton couteau sous leur pif en essayant de rattraper ton retard et te le font vite comprendre. Une marmule exaltée par la cadence et armée d'un couteau, qui te remet en place, en gueulant d'un air énervé «C'EST LA DERNIÈRE FOIS QUE TU ME FAIS ÇA !», ça impressionne et t' oblige du coup à tenir la cadence infernale.

C'est là que ça devient amusant. Tu le découvres plus tard, mais l'ouvrier qui te suit dans la chaîne et te menace, sera le plus souvent un tâcheron, sinon un irrécupérable con.

Le tâcheron


Il faut savoir que le tâcheron, comme son nom l'indique, est payé à la tâche. Cette tâche à réaliser est définie par un contrat de mission. Ici dans la viande, le contrat de mission précise un prix unitaire pour chaque pièce de viande produite et un «lot» minimum de pièces de viande à produire sur la durée du «chantier». Du coup, et c'est surtout ça qu'il faut retenir, chaque pièce produite en plus du minimum attendu lui sera payée au prix unitaire fixé. Cela sous-entend que le tâcheron voit chaque pièce produite en plus comme un «bonus» à la rémunération minimale qu'il attend de son «chantier».

En résumé, plus le tâcheron produit au cours d'une journée, plus il est payé. Et donc, comme son nom ne l'indique cette fois pas, en plus d'être payé à la tâche il est surtout payé à la pièce. Tu te souviens de l'expression «On est pas à la pièce !» ben ça vient de là. Le tâcheron c'est celui qui pousse les autres à aller toujours plus vite pour faire un maximum de volume et donc de thune sur ton dos.

Un fantasme, une rumeur urbaine on dira, veut que ce type de rémunération ait disparu parce que rendue illégale depuis longtemps. C'est loin d'être le cas. En particulier dans l'industrie de la viande, où il y aurait environ 5 % de tâcherons quand il y aurait en très gros 15 % d'intérimaires. À comprendre que ces deux chiffres s'appliquent à l'usine entière, où tout le monde n'est pas ouvrier (en gros un tiers ne l'est pas) et encore moins posté en atelier de transformation. Du coup dans l'atelier lui-même, le pourcentage d'intérimaires et de tâcherons est nettement plus élevé. J'ai vu des ateliers où il y avait pas loin de la moitié en salariés, l'autre moitié en intérimaires et tâcherons.

Le tâcheron n'est donc pas un simple intérimaire qui au lieu de recevoir un salaire, serait payé à la pièce. Son statut n'est pas régi par le droit du travail, mais par le droit des affaires. C'est assez dingue, mais le code du travail ne s'applique donc pas à un tâcheron.

Le tâcheron est un entrepreneur auquel l'usine fait appel pour une prestation de service déterminée par son contrat de mission. Il n'est même pas soumis au fameux devoir de subordination du salarié et de l'intérimaire qui les oblige à obéir au doigt et à l'œil à n'importe quel petit chef. Il est son propre chef sur son propre chantier, mais dans la même entreprise que les autres.

Du coup, dans notre cas, c'est ce qu'il est : un petit chef supplémentaire. Les chefs d'atelier et de ligne le savent bien et en profitent. Dès que possible, la répartition sur la chaîne, suit le motif : un salarié, un intérimaire, un tâcheron et à nouveau un salarié, un intérimaire, un tâcheron, etc. L'idée étant que le salarié, ce fainéant bon à rien, soit obligé d'être entraîné par la cadence de l'intérimaire fraîchement débarqué et motivé, lui-même entraîné par les menaces du tâcheron qui le pousse à augmenter son volume de viande produite. La répartition peut se faire différemment, au niveau de tout un atelier. Les salariés et intérimaires seront placés en début et les tâcherons en fin de chaîne. Dans ce dernier cas, les tâcherons qui ne reçoivent pas leur volume de viande assez rapidement n'hésitent pas à hurler assez fort pour se faire entendre de tout l'atelier pour que les autres se magnent le cul. Le tout, souvent encouragé juste après, par les différents chefs de lignes ou d'atelier.

Tu commences à comprendre à quoi servent insidieusement les tâcherons sur une chaîne de production. Bien qu'ils coûtent nettement plus cher à l'entreprise qu'un salarié ou qu'un intérimaire (on parle d'un coût pour l'entreprise pouvant aller jusqu'au double de celui d'un salarié), par leur motivation à produire un maximum, ils poussent les autres à suivre leur cadence sur la chaîne de production en créant un flou qui autorise les entreprises à se défaire de leur devoir de respect du code du travail. Ils laissent s'établir d'elle-même la main mise des tâcherons sur le reste des ouvriers de l'atelier.

Un autre avantage pour le patron (déjà nettement moins pour les tâcherons) est de pouvoir placer des tâcherons sur les postes les plus dangereux qu'aucun salarié ou intérimaire ne serait tenu d'accepter. Dans la viande ce seront souvent les tâches faisant suite à l'abattage, qui sont encore pires que les étapes de transformation en atelier. Aussi hallucinant que cela puisse paraître, l'entreprise n'est pas tenue d'assurer la sécurité du tâcheron. Elle ne sera même pas tenue responsable en cas d'accident et l'accident ne sera évidemment pas couvert d'une quelconque manière par l'entreprise. Ce dernier point, fait que le tâcheronnat sert également de réserve de main d'œuvre facilement exploitable, qui sera tenue d'accepter n'importe quelle condition de travail, sous peine de non-reconduite du contrat de mission. D'un point de vue général on peut aussi dire qu'il aide à faire baisser les normes de sécurité de l'usine.

Quand, en plus, on sait qu'il est possible de se déclarer auto-entrepreneur et de proposer ses services en tant que tâcheron à n'importe quelle entreprise. Il est facile d'imaginer l'avenir que peut avoir à la fois l'auto-entrepreneuriat et le tâcheronnat dans l'industrie de la viande et évidemment les autres. C'est à dire qu'au lieu de disparaître comme la rumeur a voulu le laisser croire, le tâcheronnat risque au contraire de devenir de plus en plus courant.

Ma source principale pour les chiffres, les termes techniques et légaux est :

Célérier Sylvie, « Le salariat dans la chair » Ambivalences du tâcheronnat dans les industries de viande de volaille, in Patrick Cingolani , Un travail sans limites ? ERES « Clinique du travail», 2012 p. 81-100. DOI : 10.3917/eres.cingo.2012.01.0081

Il y a malheureusement très peu d'autres sources à ce sujet et beaucoup de «on-dit» c'est pourquoi je tenais à publier ce texte.