samedi 18 mai 2013

Dommage

Les dommages collatéraux pas voulus on se convainc que ça n'est pas voulu les corps cassés dans la rue, les barbes épaisses l'odeur de ceux qui sont tellement tombés qu'ils parlent tous seuls en traînant leurs paquetages et leurs duvets , dommage collatéral ceux qui meurent au travail pendu à la chaîne en laissant une lettre au PDG après qu'on leur ait bien bouché toutes les issues jusqu'à laisser filtrer du rien même pas un trait de lumière, de toutes ces bonnes raisons de marcher sur ceux qui nous écrasent, d'aucuns choisissent plutôt de proclamer inférieures les sexualités où l'on ne s'emboîte pas comme il faut avec le sexe opposé, pathétiques mythomanes voulant se croire courageux défendeurs de l'enfant.

Pendant ce temps-là détruire, toujours, le code du travail et donc les gens se faisait discrètement. En même temps s'en préoccuper fait figure de caprice de privilégié déjà installé, je sais de quoi je cause, à peine sortie des études et des premiers contrats à durée très déterminée, je regardais de loin les premières manifs anti-CPE sans mesurer vraiment l'importance, confusément je sentais que quelque chose se jouait, à voir la violence de la répression, pourtant à l'époque j'aurais et j'ai signé n'importe quoi juste pour avoir 3 sous à moi, je m'en félicite pas de mon obéissance rétive.
En fait ça m'a filé la nausée et entretenu le désir de savoir POURQUOI on paye pour des choses si parcelaires, inutiles je parle de payer de notre temps, on ne vend que du temps pas du travail et peu importe les objectifs toujours plus élevés, la productivité, le réalisme, on est pas si mal, au moins on a un salaire….
Je me suis rappelée très vite très fort le temps libre versus le temps libéré appris en cours au lycée, en travaillant. Je vends pas 35h ou mon temps partiel, je vends ma pause déjeuner, mon corps immobilisé dans le quartier-travail, ma ronde sur le parking de la zone commerciale, l'attente à l'arrêt de bus, mon réveil qui sonne trop tôt.
Tout ce temps que tu pourrais passer à lire ou caresser des corps.

« En 2007, je ferai les départs d’une façon ou d’une autre, par la fenêtre ou par la porte. » Didier Lombard (35 morts)

« Les seuls frontières valables, c'est celles qui délimitent les individus. » Gébé, (L'An 01)

Par moment j'ai même pas les mots, juste l'envie de coller des successions de petites baffes appliquées, ça coûte combien, ça t'as rapporté combien, connard, la courbe du deuil, vous en avez pas marre d'écraser des gueules, nos gueules, d'être nos parents demi-dieux gigantesques et tordre les têtes et les corps là-dedans, confisquer les (nos) vies pour tout ce blé dont vous savez pas quoi foutre, et au nom de quoi cet acharnement des sommets à la base, cette contamination qui s'infiltre d'échelon en échelon dilution de domination responsabilité éclatée, entendre les mêmes choses, il faut "encourager les départs", les licenciements comme les reconduites à la frontière, cette manie de définir jusqu'à l'espace, qui reste qui part, et puis ensuite se déclarer en exil (fiscal, vous extorquez jusqu'aux mots, c'est dégueulasse), cette obsession de la fuite et du territoire, ceux que vous virez tandis que vous vous déplacez,
Je, on est sensés rester réalistes
Je on est sensés sous-vivre comment?
L'Europe circule mal, et c'est en mon nom qu'on repousse dehors l'étranger, sur 20 ans 20000 morts aux frontières, pour quoi, pour qui ce château aux douves pleines de cadavres, j'ai pas demandé ça j'ai arrêté de voter parce que c'est un refus, je ne te, vous, laisserai pas faire ça en mon nom.
Mais moi je peux circuler, j'ai des papiers, je suis CHEZ MOI il paraît, et en plus la blancheur de ma peau l'atteste. De pouvoir circuler je suis complice.
Je ne veux pas de ce chez moi, je ne veux pas de frontières autre que celle des individus, je ne veux pas voyager si d'autres ne peuvent pas circuler, mes privilèges ne m'intéressent pas.
Je ne veux pas circuler juste pour aller travailler.
Qui sont les obsédés du contrôle social du temps et de l'espace.
Qui sont les prédateurs qui boulottent nos vies.

PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE tu nous plies-réduis en morceaux
PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE tu recroquevilles nos désirs, et puis tu nous isoles
PAR LA FENÊTRE, et je respire fort avant d'imaginer sauter-je saute
PAR LA PORTE, et je m'abrutis de médicaments pour fonctionner un minimum, remettre le réveil, rester productif
PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE tu m'as exclu et je ne saurai pas rester vivant(e) parce que tant que des salauds profondément humains prononceront PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE je serai quoi d'autre qu'un maillon qui s'ouvre, et je continuerai à comptabiliser les morts PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE je continuerai à penser ces vis compactées, PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE de toutes façons à tous les coups tu gagnes, PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE il a choisi le parking finalement, et le bidon d'essence, ou la chaîne d'assemblage et l'asphyxie au bout d'un câble parce que PAR LA FENÊTRE OU PAR LA PORTE on ne peut plus échanger de regards avec le reste du monde.

Clirstrim